Lettre de marché - Août 2026
Devises : le dollar résiste, tandis que le yen tombe sur un nouveau plus bas historique
EURUSD : L’EURUSD a progressé d’environ 0,8 % en juillet. La paire évoluait autour de 1,1380 en début de mois et s’échange désormais près de 1,15. Le dollar a été soutenu pendant une partie du mois par les tensions géopolitiques et par les anticipations de taux américains durablement élevés. Il a toutefois reculé en fin de mois après la réunion de la Réserve fédérale du 29 juillet. La Fed a maintenu son taux directeur entre 3,50 % et 3,75 %, mais trois de ses responsables ont voté en faveur d’une hausse de 25 points de base. L’absence d’indications précises sur le calendrier des prochains relèvements de taux a pesé sur le dollar et permis à l’euro de repasser nettement au-dessus de 1,14 dollar.
EURCHF : L’EURCHF a progressé d’environ 1 % en juillet et évolue désormais autour de 0,930. L’évolution de la paire est désormais principalement alignée sur le différentiel de taux entre la zone euro et la Suisse. La BCE a relevé son taux de dépôt à 2,25 % en juin, avant de le maintenir à ce niveau lors de sa réunion du 23 juillet, tandis que la Banque nationale suisse a conservé son taux directeur à 0 %. Les taux ayant augmenté plus fortement dans la zone euro qu’en Suisse, les placements en euros sont devenus relativement plus attractifs, ce qui soutient l’EURCHF. La BNS reste néanmoins disposée à intervenir afin d’éviter une appréciation trop rapide du franc suisse.
EURCNY : L’EURCNY est resté globalement stable en juillet et s’échange désormais autour de 7,75 yuans pour un euro. L’économie chinoise a ralenti au deuxième trimestre, avec une croissance du PIB de 4,3 % sur un an, contre 5 % au premier trimestre. Le soutien apporté par le crédit reste limité : la croissance des encours de prêts a ralenti à 5,2 % sur un an en juin. Le financement social total a néanmoins rebondi à 3 360 milliards de yuans en juin, contre 2 030 milliards en mai, ce qui traduit une amélioration mensuelle mais pas encore une reprise durable de l’impulsion du crédit. La Banque populaire de Chine maintient une politique monétaire accommodante, avec un taux des prises en pension à sept jours fixé à 1,40 %. Les taux préférentiels des prêts restent également inchangés à 3 % sur un an et à 3,50 % sur cinq ans.
EURJPY : L’EURJPY évolue autour de 184,5 yens pour un euro, en léger recul d’environ 0,4 % depuis le début du mois. Le yen s’est fortement apprécié le 30 juillet à la suite d’une intervention des autorités japonaises sur le marché des changes, ce qui a entraîné une baisse rapide de l’EURJPY. Une partie de ce mouvement a toutefois été effacée après la réunion de la Banque du Japon du 31 juillet. La BoJ a maintenu son taux directeur à 1 %, malgré le vote d’un responsable en faveur d’une hausse à 1,25 %. Les taux japonais restent nettement inférieurs à ceux des autres grandes économies, ce qui continue de limiter le potentiel d’appréciation durable du yen malgré les interventions des autorités.



Taux d’intérêt : la BCE marque une pause, mais la récente flambée de l’énergie continue d’alimenter les tensions inflationnistes
États-Unis : La Réserve fédérale a maintenu son taux directeur entre 3,50 % et 3,75 %. La décision a été adoptée par neuf voix contre trois, les trois membres opposés au statu quo souhaitant une hausse de 0,25 point. La Fed reste prudente face à une inflation encore élevée et aux risques liés aux prix de l’énergie. Sa prochaine réunion aura lieu en septembre. Les marchés obligataires ont néanmoins fortement réagi après la réunion. Le rendement des emprunts d’État américains à 30 ans a grimpé jusqu’à environ 5,24 %, son niveau le plus élevé depuis dix-neuf ans. Cette hausse montre que les investisseurs demandent une rémunération plus importante face aux risques d’inflation et à l’incertitude sur la politique de la Fed. L’inflation américaine a ralenti à 3,5 % sur un an en juin, contre 4,2 % en mai. Elle reste toutefois nettement supérieure à l’objectif de 2 %. Les données publiées le 30 juillet montrent également que le PIB américain a progressé de 1,5 % en rythme annualisé au deuxième trimestre, après une croissance de 2,1 % au premier trimestre. La croissance a été soutenue par la consommation des ménages, l’investissement et les exportations, tandis que la baisse des dépenses publiques et la hausse des importations ont pesé sur l’activité. Pour les entreprises, le financement en dollars reste donc coûteux. La hausse du taux à 30 ans augmente également le coût des emprunts de longue durée, même si la Fed n’a pas relevé son taux directeur.
Zone euro : La Banque centrale européenne a laissé ses taux inchangés en juillet, après les avoir relevés en juin. Le taux de dépôt reste fixé à 2,25 %, le taux de refinancement à 2,40 % et le taux de prêt marginal à 2,65 %. La BCE ne donne aucune direction précise pour les prochains mois et continuera de décider en fonction des nouvelles données économiques et de l’évolution de l’inflation. L’économie de la zone euro a toutefois rebondi au deuxième trimestre. Le PIB a progressé de 0,4 % par rapport au trimestre précédent, après avoir stagné au premier trimestre. La croissance atteint 1 % sur un an, ce qui montre une amélioration de l’activité, même si la reprise reste inégale entre les pays. L’inflation de la zone euro a ralenti à 2,8 % en juin, contre 3,2 % en mai. Elle reste néanmoins supérieure à l’objectif de 2 %. Le taux de chômage de la zone euro s’est établi à 6,3 % en juin, un niveau stable par rapport à mai 2026 et à juin 2025. Pour les entreprises européennes, le rebond de la croissance est positif pour la demande, mais le coût du financement reste élevé, en particulier pour celles qui ont une dette liée à l’Euribor ou qui doivent renouveler leurs emprunts prochainement.
Royaume-Uni : La Banque d’Angleterre a maintenu son taux directeur à 3,75 %. Six membres ont voté pour le statu quo, tandis que trois membres souhaitaient une hausse à 4 %. Le nombre de responsables favorables à une hausse a donc augmenté depuis la réunion précédente. L’inflation britannique a ralenti à 2,6 % en juin. La Banque d’Angleterre estime toutefois qu’elle pourrait remonter au cours des prochains mois en raison de la hausse des prix de l’énergie. Dans son scénario central publié le 30 juillet, elle prévoit désormais une inflation moyenne de 3,2 % au quatrième trimestre 2026. Elle reste donc prudente malgré le ralentissement des pressions inflationnistes internes. Le contexte politique a également changé. Andy Burnham a remplacé Keir Starmer au poste de Premier ministre le 20 juillet. Le nouveau gouvernement veut soutenir le pouvoir d’achat, développer le logement social, réindustrialiser le pays et renforcer le contrôle public de certains services essentiels. Le principal enjeu est désormais de financer ces mesures sans dégrader les finances publiques. Le nouveau ministre des Finances, John Healey, affirme vouloir respecter les règles budgétaires, mais les marchés surveillent le risque d’une hausse des impôts ou de l’endettement lors du prochain budget. Le financement en livres reste donc coûteux pour les entreprises. L’incertitude budgétaire et les risques d’inflation pourraient également maintenir les taux obligataires britanniques à un niveau élevé.
Japon : La Banque du Japon a maintenu son taux directeur à 1 % à l’issue de sa réunion du 31 juillet, après l’avoir relevé en juin. La décision a été adoptée par huit voix contre une. Hajime Takata s’est opposé au statu quo et souhaitait relever le taux à 1,25 %. La banque centrale indique qu’elle continuera de relever progressivement ses taux si l’évolution de l’activité, des prix et des conditions financières correspond à ses prévisions. La Banque du Japon prévoit désormais une inflation sous-jacente médiane de 2,5 % pour l’exercice budgétaire 2026, contre 2,8 % dans ses prévisions d’avril. L’inflation japonaise a atteint 1,7 % en juin. L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits alimentaires frais, s’est établie à 1,6 % et reste inférieure à l’objectif de 2 % de la banque centrale. Le financement en yens reste relativement favorable pour les entreprises, même si son coût pourrait continuer à augmenter si la Banque du Japon poursuit progressivement la normalisation de sa politique monétaire.
Chine : La Chine a maintenu ses principaux taux de référence inchangés en juillet. Le taux à un an reste fixé à 3 %, tandis que le taux à cinq ans, utilisé notamment pour les crédits immobiliers, reste à 3,50 %. L’inflation chinoise a ralenti à 1 % en juin, contre 1,2 % en mai. Les faibles pressions sur les prix donnent encore une certaine marge aux autorités pour soutenir l’économie si l’activité ralentit davantage. Les indicateurs publiés le 31 juillet montrent toutefois une dégradation de l’activité. Le PMI manufacturier officiel a reculé à 49,2 en juillet, contre 50,3 en juin, tandis que le PMI non manufacturier est tombé à 49,0, contre 50,2. Ces deux indices étant inférieurs au seuil de 50, ils signalent une contraction de l’activité dans l’industrie ainsi que dans les services et la construction. Pour les entreprises, le financement en yuans reste relativement accessible, même si la faiblesse de la demande intérieure continue de peser sur l’activité.


Matières premières : le pétrole rechute après son envolée, le soufre et le calcul IA restent chers
Pétrole : Le pétrole a fortement varié en juillet. Le Brent a dépassé 100 dollars le baril le 23 juillet, en raison de l’aggravation des tensions au Moyen-Orient et des risques pesant sur le transport maritime. Il est ensuite retombé autour de 88 dollars le 27 juillet, après une pause dans les affrontements entre les États-Unis et l’Iran. Le Brent a ensuite rebondi après une reprise des opérations militaires, avant de revenir autour de 86 dollars le baril. Il reste en hausse d’environ 20,2 % sur le mois. Le maintien du pétrole sous les niveaux atteints le 23 juillet apporte un peu de soutien aux entreprises du transport, de la logistique, de la chimie et des plastiques. Le risque reste toutefois très élevé, car le trafic dans le détroit d’Ormuz demeure perturbé. Des signes d’amélioration sont néanmoins apparus, le Qatar ayant fait passer son premier méthanier par le détroit depuis plus de trois semaines. Une nouvelle aggravation du conflit pourrait toutefois rapidement faire remonter les prix.
Or : L’or évolue autour de 4 060 dollars l’once. Il a progressé d’environ 0,7 % en juillet, malgré un dollar fort et des taux d’intérêt élevés. Les tensions internationales continuent de soutenir la demande pour ce placement considéré comme plus sûr. Le prix de l’or devrait donc rester sensible à l’évolution du conflit, du dollar et de la politique de la Réserve fédérale.
Soufre : Le dernier prix de référence disponible pour le soufre évolue autour de 9 186 CNY par tonne. Après avoir baissé de 4,5 % le 27 juillet, il a rebondi de 1,1 % le 30 juillet. Il reste en hausse d’environ 2 % sur un mois et de près de 273 % sur un an. Il demeure inférieur au record d’environ 11 084 CNY atteint au mois de juin. Son prix élevé continue donc de peser sur les entreprises agricoles, chimiques et minières.
Gaz naturel / GNL : Aux États-Unis, le gaz naturel évolue autour de 2,76 dollars par million de BTU. Les réserves restent environ 6,4 % au-dessus de leur moyenne des cinq dernières années, ce qui limite la hausse des prix. En Europe, la situation est plus difficile. Le gaz de référence TTF évolue autour de 58,3 euros par mégawattheure. Il a baissé d’environ 6 % le 27 juillet, mais reste en hausse d’environ 35,6 % sur le mois. Les réserves européennes sont remplies à environ 55 %, un niveau inférieur à leur moyenne saisonnière. La concurrence avec l’Asie pour les cargaisons de gaz naturel liquéfié, ou GNL, reste également forte. En juin, le prix asiatique moyen était supérieur au prix européen, ce qui a poussé certains exportateurs américains à envoyer davantage de gaz vers l’Asie. La part de l’Europe dans les exportations américaines est ainsi tombée à environ 42 %. Les conditions de transport par le détroit d’Ormuz montrent toutefois de premiers signes d’amélioration, même si les risques liés au conflit restent élevés. Les industries européennes qui consomment beaucoup de gaz restent donc exposées, notamment la chimie, les engrais, le verre, le papier et la métallurgie.
GPU / IA : Le coût du calcul informatique reste élevé pour les entreprises qui développent des outils d’intelligence artificielle. En juillet, les prix de location des GPU courants, comme les Nvidia H100, H200 et A100, sont restés globalement stables. Une H100 coûte en moyenne autour de 3,15 dollars par heure, mais les tarifs peuvent dépasser 10 dollars chez certains grands fournisseurs. Les modèles plus récents, comme les B200 et B300, restent plus chers et moins disponibles. Les contrats de longue durée restent également sous pression. À cela s’ajoutent les coûts de l’électricité, du refroidissement, du stockage et des centres de données. Les coûts de calcul devraient donc rester élevés, surtout pour les GPU de dernière génération et les capacités garanties sur plusieurs mois.
Cuivre : Le cuivre évolue autour de 14 286 dollars la tonne, en hausse d’environ 5,8 % en juillet. Il reste proche de son record de juin, situé autour de 14 700 dollars la tonne. La demande reste soutenue par les réseaux électriques, les équipements électroniques, les énergies renouvelables et le développement des centres de données liés à l’intelligence artificielle. La Chine reste également déterminante pour l’évolution du marché. Pour les entreprises, ce niveau élevé renchérit notamment les câbles, les moteurs, les équipements électriques, les systèmes de refroidissement et certains composants utilisés dans la construction et l’industrie automobile.



Cette lettre de marché a été rédigée le 31/07/2026.

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